Incendie de Saint-Jean-de-Belleville en 1928 : la nuit où un village de Tarentaise faillit disparaître
En août 1928, un incendie ravage presque tout le chef-lieu de Saint-Jean-de-Belleville. En quelques heures, des familles perdent leur maison, leurs granges, leurs récoltes et jusqu’à leur sécurité pour l’hiver. Mais de cette nuit de feu naît aussi une formidable mobilisation : celle des habitants, des communes voisines, des élus et des bienfaiteurs. Retour sur un drame majeur de l’histoire des Belleville, entre catastrophe, solidarité et renaissance.
Introduction
Il est des catastrophes qui dépassent le simple fait divers. Elles s’inscrivent dans les paysages, dans la mémoire des familles, dans la forme même des villages. L’incendie de Saint-Jean-de-Belleville, à la fin de l’été 1928, appartient à cette histoire-là. En quelques heures, le feu ravage presque tout le chef-lieu, jette des familles à la rue, détruit les récoltes, les granges, les vêtements, les outils, et menace bien davantage qu’un ensemble de maisons : il atteint le cœur d’une communauté paysanne de montagne.
Pour comprendre la violence de ce drame, il faut d’abord retrouver le vieux Saint-Jean, celui d’avant les flammes. Un chef-lieu de Tarentaise accroché à la pente, groupé autour de son église, avec ses maisons proches les unes des autres, ses granges pleines à la fin de l’été, ses étables, ses chemins, ses prés, son rythme rude et ordonné. On n’y séparait guère l’habitation du travail. La maison, la grange, l’écurie, le grenier, le cellier formaient un même monde. C’était la logique de la montagne. Ce devait aussi devenir sa faiblesse.
L’histoire de l’incendie de 1928 n’est donc pas seulement celle d’un désastre spectaculaire. C’est aussi celle d’une communauté éprouvée, de secours venus en pleine nuit, d’un immense élan de solidarité, de l’action décisive d’Antoine Borrel, et d’un village qui, au bord de l’abandon, choisit pourtant de recommencer.
Un village de montagne avant l’incendie
Avant la catastrophe, Saint-Jean-de-Belleville avait le visage ancien des villages de Tarentaise. Les vues d’époque montrent un chef-lieu ramassé autour de son église au clocher bulbeux, sur un versant où les maisons et les bâtiments agricoles s’étagent étroitement. Rien d’ostentatoire, rien de monumental. Mais une impression très nette d’unité : tout y est proche, dense, nécessaire.
Dans les villages de montagne, l’habitation ne se conçoit pas à distance du travail. On vit avec les bêtes, près du foin, près des réserves, près du grain qu’il faudra conserver jusqu’au printemps. À Saint-Jean, comme ailleurs dans les Alpes savoyardes, la maison n’est pas seulement un toit : elle fait corps avec l’exploitation. On y mange, on y dort, on y stocke, on y protège la vie même.
Cette organisation a sa logique profonde. Elle permet d’affronter le froid, la pente, la rareté du temps utile, la nécessité de tout garder à portée de main. Mais elle crée aussi une grande vulnérabilité. Lorsque le feu prend dans un tel village, il trouve aussitôt du bois sec, des charpentes rapprochées, des galeries, des granges remplies de fourrage et de récoltes. À la fin d’août, le danger est à son comble : l’année de travail vient justement d’être rentrée sous les toits.
Le vieux Saint-Jean portait donc en lui une beauté rude, mais aussi les conditions d’une catastrophe totale.
La nuit du 27 au 28 août 1928 : l’alarme et le brasier
Selon l’un des récits les plus précis conservés sur le déclenchement du sinistre, c’est vers onze heures et demie du soir que le danger est aperçu. Guigonnet remarque alors qu’au centre du village, la maison de la veuve Chavoutier, où demeure François Reymondaz, est déjà en feu. Il donne aussitôt l’alarme. Mais l’incendie a déjà pris trop d’avance.
Dans ce chef-lieu aux bâtiments serrés, aux charpentes de bois, aux granges pleines de fourrage et de récoltes, les flammes trouvent immédiatement de quoi se nourrir. Ce qui n’est d’abord qu’un foyer devient en quelques instants un brasier. Le feu bondit d’une toiture à l’autre, court le long des galeries, gagne les bâtiments voisins avec une rapidité foudroyante.
Les habitants sont arrachés au sommeil. On crie dans la nuit. On ouvre les portes à la hâte. On secoue les enfants. On aide les vieillards à sortir. Des hommes courent vers les étables, coupent les liens, poussent les bêtes dehors. D’autres tentent encore de sauver un drap, une caisse, un sac de grain, une marmite, avant de comprendre qu’il faut renoncer aux biens pour d’abord sauver les vies.
Très vite, le feu n’est plus maîtrisable. Il éclaire tout le village et jette ses reflets sur les pentes. Les toits s’embrasent, les poutres craquent, les étincelles montent dans l’obscurité comme une pluie ardente. Dans un village où tout ou presque se touche, la progression des flammes semble irrésistible.
L’église, pourtant, échappe au désastre. Elle est sauvée, en partie grâce à l’espace qui l’entoure, celui de l’ancien cimetière, qui forme comme une respiration dans un tissu bâti autrement très serré. Autour d’elle, en revanche, le centre du chef-lieu est frappé de plein fouet.
Les hommes de la nuit : sauver, courir, empêcher l’anéantissement
Quand le feu éclate, il n’y a plus de place pour l’hésitation. Les hommes du village agissent aussitôt. L’un donne l’alerte. D’autres frappent aux portes, réveillent ceux qui dorment encore, se précipitent d’une maison à l’autre avant que la fumée ne rende tout impossible. On évacue les enfants, on soutient les anciens, on ouvre les étables, on pousse dehors les bêtes affolées. On passe des seaux, on tente de défendre un mur, un angle de rue, un toit, une dépendance. Il ne s’agit déjà plus de tout sauver, mais d’empêcher que tout disparaisse.
Le curé et les cloches du clocher
Dans cette lutte désespérée, le curé joue lui aussi un rôle marquant. Pour tenter de protéger l’église et d’empêcher le feu de gagner davantage encore, il fait démonter les cloches du clocher afin d’utiliser la corde pour hisser des seaux d’eau jusqu’en hauteur. Le geste est simple, ingénieux, et révèle l’urgence extrême dans laquelle se débat alors le village : on se sert de tout ce que l’on a sous la main pour lutter contre le brasier.
Les secours venus des communes voisines
Les secours arrivent aussi des communes voisines. Depuis Saint-Martin-de-Belleville, plusieurs hommes se distinguent par leur empressement. Jay Joseph et Jay Marius accourent avec leur automobile, transportent des pompiers, reviennent, repartent, multiplient les allers-retours tandis que la confusion règne encore. La compagnie des sapeurs-pompiers de Saint-Martin, dirigée par le capitaine Jay Auguste, lutte avec une grande ténacité. D’autres secours viennent de Moûtiers, de Saint-Laurent-de-la-Côte et des environs.
Il serait faux de croire que leur action fut vaine sous prétexte qu’une grande partie du chef-lieu fut perdue. Dans ce genre de catastrophe, sauver une maison, préserver un passage, empêcher le feu d’atteindre un autre groupe de bâtiments, c’est déjà éviter le désastre absolu. Le courage, cette nuit-là, ne prend pas la forme d’un héroïsme abstrait. Il est fait de fatigue, d’ordres criés dans la fumée, de courses, de bras tendus, de décisions prises en quelques secondes.
Jean Moulin aux côtés des sinistrés
Dans les jours qui suivent le sinistre, Jean Moulin, alors sous-préfet d’Albertville, se tient aux côtés des habitants de Saint-Jean-de-Belleville. Il n’est pas l’homme de la lutte contre les flammes, mais celui de l’après-incendie : le représentant de l’État venu constater, soutenir et accompagner un village frappé au cœur. Sa présence auprès des sinistrés rappelle que ce drame, si local dans ses ruines, devient aussitôt une affaire publique, portée jusqu’aux autorités administratives.
Le matin des ruines : un village méconnaissable
À l’aube, Saint-Jean-de-Belleville n’est plus tout à fait Saint-Jean-de-Belleville.
Les hommes marchent dans les décombres comme s’ils cherchaient encore à reconnaître leur propre existence. Ici, une cave ouverte au ciel. Là, une poutre fumante. Plus loin, un mur noirci qui tient encore debout, seul reste d’une maison effondrée. Le chef-lieu est comme éventré.
Les femmes récupèrent ce qu’elles peuvent. Un drap brûlé sur le bord. Une chemise noircie. Un peu de linge, un objet tordu, un coffre à demi consumé. Les gestes sont modestes, mais d’une force bouleversante. Récupérer, trier, mettre de côté, secouer, recommencer déjà à faire avec presque rien. Les enfants regardent, souvent en silence. Les anciens se taisent plus encore. Leur douleur n’a pas besoin de grands mots.
Les chiffres du désastre varient selon les décomptes, mais tous convergent vers la même vérité : l’ampleur fut immense. Environ 26 familles sont touchées. Plus d’une centaine de personnes se retrouvent sans abri. On parle d’une trentaine de maisons détruites, de nombreuses granges anéanties, parfois davantage selon la manière de compter les bâtiments. Les pertes sont évaluées à des sommes très importantes. Mais, au fond, le plus terrible ne se laisse pas réduire en colonnes de chiffres.
Car dans un village de montagne, le feu n’a pas brûlé seulement des maisons. Il a détruit les récoltes, le foin, les réserves, les vêtements, les outils, les étables, les granges, autrement dit l’essentiel du capital paysan accumulé pour affronter l’hiver. Perdre son toit est terrible. Perdre en même temps son travail de l’année et ses moyens de vivre l’est plus encore.
Survivre d’abord : loger, vêtir, nourrir, sauver l’hiver
Dès les premières heures, il faut organiser la survie. Les sinistrés sont répartis où l’on peut : chez des voisins, chez des parents, dans quelques bâtiments épargnés, dans des abris improvisés. On se serre, on partage, on s’arrange. Pour quelques jours, cela peut suffire. Mais chacun comprend très vite que cette précarité ne pourra durer.
L’automne approche, et derrière lui l’hiver. Dans un pays de montagne, un hébergement provisoire est une solution de quelques nuits, non de plusieurs mois. Comment faire vivre des familles entières dans de telles conditions ? Comment redonner un semblant d’ordre domestique quand tout a disparu ?
À cette angoisse s’en ajoute une autre, tout aussi grave : celle du bétail. Les animaux redescendront bientôt des alpages. Où les mettre ? Les étables ont brûlé. Les granges ont disparu. Le fourrage a été détruit. Les familles doivent chercher des places, louer, négocier, parfois vendre. Or vendre une bête n’est jamais une simple opération de survie : c’est céder une part de l’avenir.
Michel Roux-Mollard, maire au cœur de la crise
Au plus près des sinistrés se trouve le maire, Michel Roux-Mollard. Dans les heures et les jours qui suivent l’incendie, il est l’homme du terrain, celui qui voit l’étendue exacte du désastre, mesure les besoins les plus urgents, relaie les appels et reçoit les premiers secours. Il lui faut à la fois rassurer, organiser, répartir, écrire, remercier, faire remonter les demandes et tenir debout une commune dont le centre vient d’être presque anéanti. Son rôle est moins spectaculaire que celui des hommes de la nuit, mais il est essentiel : sans cette présence municipale immédiate, la détresse des familles aurait été plus grande encore et la coordination des aides beaucoup plus difficile.
C’est dans ce contexte que se révèle toute l’importance d’une action publique rapide. Les secours immédiats sont indispensables, mais ils ne suffisent pas. Il faut aussi des solutions matérielles pour traverser l’urgence.
La solidarité des Belleville et de la vallée
À mesure que l’ampleur du sinistre se fait connaître, la vallée tout entière se mobilise. Les communes voisines ouvrent des souscriptions. Les maires vont de maison en maison. Les curés quêtent. Les instituteurs participent. Les particuliers envoient ce qu’ils peuvent. L’élan est vaste et concret.
On donne de l’argent, bien sûr, mais aussi ce qui répond aux besoins les plus immédiats : du blé, du seigle, du pain, du linge, des vêtements, des draps, des couvertures, des chaussures, du fromage, du lard. Dans les listes publiées alors, ces dons paraissent parfois modestes. En réalité, ils disent une solidarité puissante. Ce sont ces petits gestes accumulés qui permettent aux sinistrés de tenir.
Saint-Martin-de-Belleville se distingue particulièrement par l’ampleur de sa générosité. Hameau après hameau, les quêtes y sont organisées avec méthode. Moûtiers, Saint-Laurent-de-la-Côte, Salins, Brides, Les Avanchers et d’autres communes prennent également leur part dans l’effort. Le drame de Saint-Jean n’est plus seulement l’affaire du chef-lieu incendié ; il devient celui de tout un pays.
Gabriel Donnet et l’organisation des secours
Au centre de cette organisation, Gabriel Donnet, conseiller général et président du comité de secours de Moûtiers, joue un rôle important. Les dons doivent être centralisés, acheminés, distribués. L’émotion seule ne suffit pas ; il faut des hommes pour la transformer en secours efficaces.
Antoine Borrel : de l’urgence au relèvement
Parmi les personnalités qui s’imposent alors, Antoine Borrel tient une place majeure. Député de la Savoie, il apparaît très tôt comme l’un des grands artisans de la réponse au drame. Il lance des appels, intervient auprès des pouvoirs publics, relaie les besoins, suit de près la situation des sinistrés. Mais surtout, il comprend vite qu’il ne suffira pas de soulager l’urgence.
Borrel voit ce que d’autres perçoivent déjà confusément : aider les familles quelques jours ou quelques semaines ne résoudra pas le problème fondamental. Si l’on s’en tient au secours immédiat, Saint-Jean-de-Belleville risque de rester un village ruiné, appauvri, vulnérable, peut-être voué à l’abandon. Il faut donc penser plus loin. Il faut préparer l’après.
Les baraquements provisoires pour les sinistrés et les ouvriers
Dans cette période d’incertitude, Antoine Borrel ne se contente pas d’appeler aux dons et de plaider la cause des sinistrés auprès des ministères. Il cherche aussi des solutions concrètes pour loger rapidement les familles et préparer le relèvement du chef-lieu. Ses démarches le conduisent auprès du ministre de la Guerre, mais aussi auprès du maire de Lyon, afin d’obtenir soit des baraquements Adrian démontables, soit des baraques encore disponibles sur le site de la Foire de Lyon. L’objectif est double : offrir un abri provisoire à une partie des sinistrés et disposer de locaux capables d’héberger les ouvriers appelés à participer à la reconstruction.
Ce détail est capital. Il montre qu’Antoine Borrel ne pense pas seulement en homme de compassion, mais en homme d’organisation. Il ne s’agit plus seulement de secourir ; il faut déjà installer les conditions matérielles du relèvement.
Avec d’autres, notamment le sénateur Georges Machet, il contribue aussi à obtenir des aides de l’État. Ainsi, au milieu des ruines, la reconstruction cesse peu à peu d’être une idée vague pour devenir un véritable dossier.
Henry Bordeaux et la dignité des sinistrés
Le drame de Saint-Jean-de-Belleville trouve aussi un écho dans la plume de Henry Bordeaux. Son article consacré à l’incendie n’apporte pas seulement un témoignage supplémentaire ; il donne à l’événement une profondeur humaine particulière.
Sous son regard, le sinistre apparaît pour ce qu’il est vraiment : non une simple succession de bâtiments détruits, mais l’effondrement brutal d’une année de travail, d’un équilibre paysan, d’un village entier frappé dans sa substance. Il décrit les ruines, la pierre calcinée, les survivants debout devant leurs maisons détruites, et il saisit surtout la dignité des habitants.
L’une des images les plus fortes qui se dégage de ce moment est celle d’un très vieil homme, debout devant sa maison anéantie. On l’encourage. On lui dit qu’il rebâtira. Il répond en montrant ses mains : elles peuvent encore travailler. À travers ce geste, c’est toute une manière montagnarde de faire face au malheur qui apparaît : peu de plainte, beaucoup d’obstination.
Henry Bordeaux perçoit aussi quelque chose d’essentiel : après le feu, la vraie question n’est pas seulement celle du secours, mais celle de l’avenir du village.
Partir ou rebâtir : le moment de doute
Après un tel incendie, le découragement est inévitable. Certains jeunes regardent les ruines et pensent au départ. Comment ne pas les comprendre ? Tout a brûlé. Il faudrait tout recommencer, sur une pente rude, avec l’hiver qui approche, dans un pays où chaque chose demande un effort immense. Les villes, au loin, semblent offrir une issue.
Une anecdote restée dans les récits de l’époque éclaire ce moment de bascule. Un jeune homme veut partir. Il ne voit plus dans les décombres qu’une fin. Face à lui, un vieillard l’arrête, non par autorité, mais par une évidence plus forte : on ne laisse pas mourir le pays de ses pères. Ce qui a brûlé doit être relevé. Il faut rebâtir ici, parce qu’ailleurs on ne serait plus qu’un déraciné.
Cette scène donne au drame toute sa profondeur. Saint-Jean-de-Belleville a failli mourir une première fois dans les flammes, puis une seconde fois dans la tentation du départ. S’il survit, c’est parce qu’une partie décisive de ses habitants refuse cette seconde mort.
C’est aussi à ce moment-là que l’idée d’une reconstruction neuve devient possible.
Reconstruire autrement : du désastre au projet
Peu à peu, la reconstruction s’organise. Les sinistrés se groupent en association syndicale. Les propriétés sont mises en commun pour permettre un plan d’ensemble. Le Génie rural intervient. Et l’on comprend que le futur Saint-Jean-de-Belleville ne sera pas seulement le vieux village relevé pierre à pierre.
Le projet est ambitieux. Il prévoit des rues nouvelles, des égouts, une place centrale, un lavoir public, un four banal, le renforcement de l’adduction d’eau, l’installation de bornes-fontaines et de bouches d’incendie, des abreuvoirs, des terrassements et des murs de soutènement pour adapter les nouvelles implantations à la pente. Rien de tout cela n’est anodin. Il s’agit de corriger les faiblesses que le feu a révélées.
Un village modernisé sans renier la montagne
Les maisons reconstruites doivent rester de type savoyard, mais dans une forme améliorée. On ne veut pas renier le paysage ni les usages de la montagne ; on veut conserver l’identité du village tout en le rendant plus sûr, plus rationnel, mieux équipé. Le drame devient ainsi l’occasion d’une véritable modernisation rurale.
Là encore, l’action d’Antoine Borrel est déterminante. Il faut faire avancer les dossiers, obtenir des subventions, surmonter les obstacles fonciers et administratifs. Sans cette ténacité, le projet aurait pu se perdre dans la fatigue des sinistrés ou dans les lenteurs de l’administration. Grâce à elle, Saint-Jean-de-Belleville devient un exemple de reconstruction pensée à l’échelle d’un village entier.
De la cendre aux granges neuves : la renaissance
La reconstruction demande du temps, de l’argent, des accords, du courage. Mais elle avance.
Peu à peu, le chef-lieu change de visage. Là où il n’y avait plus que des pans de murs calcinés, on voit s’élever des maisons neuves. Là où les granges avaient disparu, on en reconstruit d’autres. Le village retrouve une forme, des alignements, des circulations, une organisation différente. Il n’est plus exactement celui d’avant, mais il n’a pas disparu.
Cette renaissance est matérielle, mais aussi morale. Les habitants reprennent le travail. Ils rentrent de nouveau du foin. Ils réinstallent leurs familles. Ils reconstituent peu à peu les moyens d’une vie normale. C’est là, sans doute, l’image la plus forte de toutes : après la nuit du feu, après les quêtes, après les secours, après les discussions et les chantiers, les hommes de Saint-Jean-de-Belleville remplissent à nouveau leurs granges neuves.
Le vieux Saint-Jean avait brûlé. Le nouveau Saint-Jean se met debout.
Conclusion
L’incendie de Saint-Jean-de-Belleville, en août 1928, n’est pas seulement un épisode dramatique de l’histoire locale. Il révèle la fragilité des villages de montagne, la force des solidarités de voisinage, le rôle décisif des élus, l’importance de l’action publique, et la capacité d’une communauté rurale à refuser sa disparition.
Il y eut d’abord la nuit du feu, les cris, les hommes courant dans la fumée, les bêtes sorties des étables, les maisons qui s’effondrent. Il y eut ensuite les ruines, la peur de l’hiver, les familles dispersées, les quêtes, les ballots de secours. Il y eut Henry Bordeaux, donnant une voix à la dignité des sinistrés, et Antoine Borrel, comprenant qu’on ne sauverait pas le village par la seule charité, mais par une reconstruction pensée, organisée, obstinée. Il y eut surtout ce moment décisif où, face à la tentation du départ, le village choisit de rester.
Au fond, cette histoire dit quelque chose de très simple et de très grand : un village peut brûler sans mourir. À condition que des hommes et des femmes décident qu’il mérite encore d’être relevé.
Sources et références
- Le Petit Dauphinois, articles d’août à octobre 1928 sur l’incendie de Saint-Jean-de-Belleville, les secours et la reconstruction.
- Henry Bordeaux, article sur l’incendie de Saint-Jean-de-Belleville, octobre 1928.
- La Technique sanitaire et municipale, octobre 1929, dossier sur la reconstruction de Saint-Jean-de-Belleville.
- Wikipédia, “Saint-Jean-de-Belleville”.
- Site Jean Moulin, “Le jeune sous-préfet”.
- Cartes postales anciennes et documents iconographiques.
Crédit photo
- Image de couverture : Reconstitution en noir et blanc de l’incendie de Saint-Jean-de-Belleville en août 1928 - Générée par IA d'après un carte postale St-Jean-de-Belleville et le Glacier de Chavière - Création et prompt © Cédric JAY
- Carte postale du début du XXe siècle, de Saint-Jean-de-Belleville montrant l’église du village et le Mont-Blanc en arrière-plan - Auteur inconnu
- Ruines du village de Saint-Jean-de-Belleville après l’incendie du 27 août 1928 - Carte postale 1928 - Auteur inconnu
- Ouvriers et habitants à Saint-Jean-de-Belleville après l’incendie de 1928. Auteur inconnu
- Extrait de l'article de Henry Bordeaux sur l’incendie de Saint-Jean-de-Belleville publié en octobre 1928 dans Le Petit Dauphinois - Lectura Plus
- Plan de reconstruction d’une maison de Saint-Jean-de-Belleville après l’incendie de 1928, extrait du projet du Génie rural - La Technique sanitaire et municipale : hygiène, services techniques, travaux publics - Edition Berger-Levrault (Paris) sur Gallica
- Vue du village de Saint-Jean-de-Belleville en Savoie (2016) - d'après "Vue sur Saint-Jean-De-Belleville" de Fayterr sur Wikimedia Commons - CC BY-SA 4.0








